28.1.08

No control, no limitMerci aux journalistes qui ont essayé de me joindre ce week end pour m'inviter à parler dans leurs émissions. Je ne vous ai pas rappelés parce que j'étais à Angoulême (festival bédé). Je n'ai pas envie de jouer le bouche trou de service. Depuis 2001, année de la sortie de "Révélation$" et des "dissimulateurs", le plus gros lièvre que nous ayons soulevé et celui sur lequel les banques n'ont jamais pu répondre est celui de l'absence de contrôle. Revoyez notre documentaire "L'affaire Clearstream racontée à un ouvrier de chez daewoo", le passage où j'interroge Trichet sur le contrôle bancaire et sa fuite en avant. Si BNP-PARIBAS ouvre une filiale à Vanuatu (c'était le cas), la commission bancaire n'y mettra jamais son nez. Les banques ne sont pas contrôlées au niveau national: elles font du hors bilan, filialisent à tout va, minorent leurs bénéfices, offrent des produits défiscalisant à leurs gros clients sans que personne d'étranger au bizness bancaire puisse intervenir. Un de leur principal outil de transfert et d'archivage de valeurs, la chambre de compensation Clearstream, n'est pas contrôlée non plus au niveau international (et luxembourgeois). Revoyez ce qu'en dit Jacques Philippe Marson, banquier pdg de la filiale titres de BNP, dans ce même film:" Clearstream est un animal trop compliqué". Nous sommes ici face au trou noir de la finance. L'affaire "Société générale" en est une magnifique illustration. Ici, le trader a forcément utilisé les services de Clearstream mais aussi d'Euroclear pour effectuer ses achats et ses ventes. Il a joué sur les deux réseaux. C'est dans ce jeu subtil que se perd la trace des "investissements". Cinq milliards, comme le rappelle justement Libé c'est "un an de RMI". Pendant ce temps, n'oublions pas que Nicolas Sarkozy et sa ministre de l'économie Christine Lagarde luttent contre le capitalisme financier. Pendant ce temps, les banques, malgré la crise financière, restent les sociétés les plus bénéficiaires du monde (tapez Google, Forbes). Plus c'est gros, mieux ça passe.

8 Comments:

Anonymous Anonyme said...

A lire sur le site de Bakchich :
Société Générale, les non-dits d'un scandale d'Etat.
http://www.bakchich.info/article2470.html

Où l'on parle justement d'Euroclear ...

12:31  
Anonymous Giogio said...

Cher Denis,

Sans tomber dans un pseudo romantisme ouaté, je voulais juste te dire que je suis tes recherches depuis le début et je profite de mon premier post pour te saluer bien bas...Bon, fini le lèche bottes !
Juste une précision ou une question en fait! A la lecture de ton article, si je le comprends bien, tu ne mets pas en doute que ce Monsieur de la SG ai pu faire cela tout seul...plusieurs sites spécialisés dans la finance expriment leurs doutes quant au fait qu'un seul homme ai pu faire ca ! Ensuite que les 5 Milliards passent par Clearstream, soit ! je suis d'accord....mais l'accusation menée envers ce Mr n'est elle pas faite pour cacher des pertes de la SG elle même?

Show must go on...

14:38  
Anonymous Anonyme said...

C'est con, c'est pour le monde enchanté du clearing que la presse aurait dû se lâcher. C'est peut être la prochaine étape ?


y

18:05  
Anonymous Anonyme said...

Pour les contrôles, au dessus de la Société générale, il a la banque de france. Au dessus de la banque de france, il y a euroclear (et clearstream), les supers-hypers-megas controlleurs...

Posons leur la question... "Et donc, vous n'avez rien vu... donc ?"

EBE.AccountManagement@euroclear.com

(hyper contrôlé, tsss)

18:13  
Anonymous entada said...

lache rien Denis: c'est peut etre le moment de mettre les voleurs de foules en examen (je me mets a rever)
a nous de faire le relais de Clearstream/Euroclear/SocGen aux mass media
backchich a pondu un truc pas mal
il faut balancer la sauce au plus grand nombre et montrer que tu as mis le doigt sur la magouille depuis belle lurette
gros soutien a Florian egalement
et coucou a Aurelien !

20:30  
Anonymous Anonyme said...

!! NEWS !! L'argent de CALVI, le banquier assassiné retrouvé aux BAHAMAS...

Calvi case millions 'in Bahamas'


Nick Mathiason
Sunday August 12, 2007
The Observer

Hundreds of millions of pounds linked to the collapse of the Italian bank at the centre of the murder in London 25 years ago of Roberto Calvi, known as God's banker, have been found in the Bahamas.

In a significant breakthrough in one of the most mysterious murders and financial crimes, investigators say the money has been traced to offshore accounts.

Police sources in London indicate that the authorities in the Bahamas have been slow in supplying them with details associated with the accounts. It is understood that the situation has prompted the intervention of the UK's Foreign Office.

yves

02:33  
Anonymous Anonyme said...

et ici, un article americain laisse entendre l'assassinat de Soisson et la maniere dont Cedel clearstream aurait rapatrié le corp au luxembourg... En tout cas, c'est ce que Backes et la famille pense.

http://www.arcticbeacon.citymaker.com/articles/article/1518131/46313.htm

Pas de café pour moi, merci.

yves

02:55  
Anonymous Anonyme said...

bigre, un autre article glané sur le net. Il semble expliquer, en résumé, les découvertes majeures de Denis sous les explications de Backes.

http://www.local.attac.org/attac63/article.php3?id_article=40


Citons...

« REVELATION$ » de Denis ROBERT et Ernest BACKES

dimanche 2 juin 2002, obstinisto



Suite à la parution de son « Pendant les « affaires », les affaires continuent » en 1996, l’ancien journaliste de « Libération » Denis Robert est contacté par un certain Marco Mart, luxembourgeois, fils de député et neveu d’un ancien Ministre de l’Economie. Cet interlocuteur a été spolié par la Banque Internationale à Luxembourg (B.I.L) et, lâché par ses avocats et sa famille, il ne peut compter, pour se faire rendre justice, que sur un mystérieux conseiller dont il refuse de révéler l’identité.

L’« Appel de Genève » lancé en octobre de la même année par sept magistrats européens désireux de voir instaurer une justice indépendante et transfrontalière pour lutter efficacement contre le crime organisé incita pourtant ce conseiller à sortir de l’ombre pour entretenir avec l’auteur de « La Justice ou le chaos » (relatant les entretiens de Denis Robert avec lesdits magistrats) une correspondance fournie avant de se dévoiler dans le film « Journal intime des affaires en cours » : Ernest Backes, alors gérant d’une coopérative de bouchers avait un passé bien plus passionnant...

Né dans un milieu ouvrier en 1946 à Trêves (Allemagne), il grandit au Luxembourg où il milite dans les Jeunesses Ouvrières Catholiques. Fonctionnaire des Impôts, il découvre dans l’équivalent du Journal Officiel l’existence de la Centrale de Livraison de Valeurs Mobilières

(Cedel) dont il obtient peu après (1971) un emploi offert par petite annonce.

La 1ère partie de « Révélation$ » relate une enquête menée dans le monde de la finance internationale à travers l’expérience d’Ernest Backes en qui les signataires de l’« Appel de Genève » n’ont pas eu confiance (il n’avait plus aucune fonction sur la place financière et ses explications paraissaient complexes) et qui, de son côté, a été particulièrement déçu par leur manque de connaissances financières et leur ignorance du milieu dont il fut l’un des plus influents pionniers...

Au milieu des années 60, les titres (actions, obligations) étaient matérialisés et leur vente signifiait un changement physique de propriétaire, l’ancien et le nouveau pouvant être séparés par des océans. Le transfert coûtait beaucoup de temps, requérait l’intervention d’une société pour l’expédition, des services postaux pour l’acheminement et présentait des risques en cas de retard par rapport à la date fixée et, pire, si les papiers ou les chèques s’égaraient. Aux frais s’ajoutaient la perte d’intérêts subie par le vendeur durant ce délai.

En 1968, par souci d’efficacité, la plus grande banque privée étasunienne, à l’éthique reconnue, mis en place une chambre de compensation internationale basée à Bruxelles : Euroclear. Son métier, le clearing (règlement-livraison) consiste à accélérer la conclusion des transactions (date de valeur : J+7), à garantir la solvabilité des parties et à conserver les preuves de la réalisation de l’échange. On peut le rapprocher de celui de notaire. Apparemment passive, cette infrastructure enregistrant le changement de propriétaire des titres et leur paiement inquiéta néanmoins d’autres banques ; elles ne souhaitaient pas que leur consoeur américaine connaisse leurs activités. 66 d’entres elles émanant de 11 pays (dont 17 du Luxembourg) lancèrent, en 1970, Cedel, leur propre système coopératif interbancaire.

La même année était créé l’International Standardization Organization (I.S.O : inventeur des codes-barres pour le commerce) universalisant les codifications des transactions afin de faciliter leur traitement par les différents intervenants.

En 1973, 239 banques européennes et nord-américaines fondent SWIFT, système de télécommunication et d’authentification des transferts de devises transfrontaliers, parachevant l’architecture d’un ensemble interconnecté, rationalisé et sécurisant.

Ernest Backes fut l’un des pionniers du clearing, participant à l’écriture des logiciels avec les ingénieurs d’IBM, concevant les formulaires que les banques utiliseraient pour donner leurs instructions codées. A l’aube des années 80, le fax remplaça le télex et notre défricheur, devenu n°3 fut promu Directeur des Relations avec la clientèle : il s’agissait de convaincre davantage de banques d’adhérer au système. Cedel perçoit une commission (de 1 à 15 $ selon la nature) sur chaque opération transitant par ses services et des droits de garde sur les avoirs que les banques lui laissent en dépôt.

La Chambre de Compensation Internationale avait beaucoup prospéré, investi, embauché. Elle acquiert un immeuble prestigieux et fait la fierté et la richesse du Luxembourg. Désireuses d’échapper à la curiosité et au fisc de leur Etat d’origine, les banques installent des filiales dans ce confetti accueillant, discret et n’obérant pas leurs profits. Vu sa taille, les milieux politiques, financiers, juridiques voire religieux interférent mais les informations sortent rarement de ces cercles d’initiés profitant de leur situation. Il y a si peu de policiers (7 au milieu des années 80, 40 aujourd’hui) dans la brigade financière luxembourgeoise par rapport au nombre de banques (217 aujourd’hui) ayant leur siège au Grand-Duché (7^ème place financière mondiale)...

Chez Cedel non plus, on ne pose pas de question : rares sont les employés à savoir ce qui se cache derrière les codes ; ils n’interviennent qu’en cas de discordance entre les fiches transmises par le vendeur et l’acheteur de titres. L’identification codée de l’autre partie s’effectue à partir d’une liste d’adhérents, actualisée trimestriellement. Les banques ont désormais la possibilité de travailler entre elles en toute confidentialité, de manière sécurisée et rapide. Le rêve !

La première entorse au règlement édicté par les banques date peut-être du jour ou le Conseil d’Administration autorisa à deux d’entre elles l’ouverture de nouveaux comptes sans que ceux-ci soient inscrits sur cette liste trimestrielle. Le motif invoqué ? L’allègement des démarches pour les opérations réalisées pour une filiale. L’unique obligation des maisons-mères consiste à s’assurer que le cumul des opérations des filiales corresponde au chiffre qu’elle déclare en fin d’exercice comptable.

La brèche ouverte par ces comptes, dits non publiés, autorisera nombre de dérives puisque certains d’entre eux, ne seront rattachés à aucun compte principal. Leur facturation posera également problème, créant le doute sur la sincérité des résultats de la société. Ceux-ci ne sont en effet audités que par un prestigieux cabinet rémunéré par. Ces experts sont pourtant seuls avec une partie des administrateurs et ses concepteurs à comprendre le système. On doit préciser que rien d’autre que la liste trimestrielle diffusée aux adhérents ne permet de savoir si un compte est publié ou non ce qui rend impossible leur détection par les employés.

Dès le début des années 80, une publicité discrète attire les demandes d’ouverture de compte. La multiplication et l’accélération des échanges permet d’échapper aux contrôles et contribue au développement des paradis fiscaux (dont sont originaires certains Etablissements fondateurs de Cedel). A leur sujet, Ernest Backes fut un personnage essentiel, quoique inconnu, de la conclusion d’une affaire où ils eurent également leur rôle obscur : les otages de l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran. Rappelons-en le contexte :

Les sondages donnaient le président sortant, Jimmy Carter, au coude à coude avec Ronald Reegan. Une libération des otages avant le jour des élections signifiait la quasi réélection du premier ; Reegan négocia discrètement avec les ayatollahs une libération ultérieure en échange de titres et d’armes permettant à l’Iran de se mesurer à l’Irak. L’envoi des titres ne pouvait se réaliser qu’en multipliant des mouvements financiers fractionnés et transitant par des pays tiers pour mieux se dissimuler. C’est ainsi que Backes reçut l’ordre des Banques Centrales Américaine et Anglaise de prélever 7 millions de dollars sur des comptes détenus par 2 grandes banques privées étasuniennes dans des paradis fiscaux et de les transférer à la Banque Nationale d’Algérie, jouant le rôle de centralisateur des fonds destinés aux Iraniens. En l’absence de ses supérieurs et dans l’impossibilité d’obtenir l’accord des titulaires des comptes à débiter, Backes transgressa les règles et obtempéra : les otages furent libérés le surlendemain...

En 1982, le Conseil d’Administration désigne un nouvel administrateur délégué, étranger au monde du clearing, chargé d’écarter Gérard Soisson, concepteur du système originel, sous les ordres duquel Backes travaillait depuis le début. Pour lui confier un poste de planification, on « épargne » à Soisson la gestion du quotidien tout en lui laissant officiellement la possibilité de s’intéresser à tous les domaines ; il avait dénoncé diverses malversations. Backes également qui se retrouve licencié en 1983 sans avertissement préalable. Ces revers de fortune rapprochent les deux hommes qui comprennent qu’ils sont isolés dans leur combat pour le respect des règles. Ils réclamaient un contrôle des échanges interbancaires par un organisme public en lieu et place de cabinets trop proches des intervenants et trop peu qualifiés. Soisson a encore le pouvoir de refuser certaines ouvertures de compte « non publié ». Il décèdera subitement et de façon suspecte quelques mois plus tard lors de courtes vacances en Corse.

On tente d’acheter Backes en le nommant Fondé de Pouvoir à la Bourse de Luxembourg, chargé d’examiner les candidatures et de donner son avis au Conseil d’Administration, travail qui lui permet de rester dans le milieu idoine pour collecter des informations et constituer une documentation exhaustive sur les arcanes de la finance internationale. Il enquête et devient l’homme que les policiers et juges étrangers contactent pour comprendre bien des choses.

En 1986, il devient directeur d’une société véreuse ayant réussi à contourner ses recherches et à être admise en Bourse. En lieu et place d’un homme d’affaires scrupuleux qu’on lui avait indiqué être derrière ce fonds d’investissement, se cache un escroc de haut-vol ! Backes ramène chaque semaine d’Amsterdam à Luxembourg des chèques expédiés par de petits épargnants du Sud-Est Asiatique qui n’auront rien en contre-partie. Il découvre le scandale et l’identité de son patron dans les journaux néerlandais et le Financial Times. Ayant démissionné, il entre en contact avec le procureur néerlandais chargé de l’affaire puis avec un anglais s’adonnant aux même type d’enquête que lui. De discussions en rencontres d’amis des uns et des autres, ils élargissent leurs connaissances en se complétant mutuellement.

Dans l’exercice de ses fonctions, Backes a assisté à des rencontres entre les grandes fortunes de ce monde sous l’égide d’un vieillard ayant contribué à faire du Luxembourg, le 51^ème Etat des E.U à la fin de le Seconde Guerre Mondiale, une tête de pont idéale sur le Vieux Continent dès Roosevelt dont la mère était luxembourgeoise. Ce Henry J. Leir s’avère être l’un des initiateurs des systèmes de clearing, louant par ailleurs un immeuble à Cedel.

Notre fin limier est embauché par un agent de change français à mauvaise réputation pour créer une société d’investissement et tenter de l’introduire en Bourse de Luxembourg afin d’attirer des investisseurs allemands lui explique t-on. L’Institut délivrant les autorisations d’admission soumet son accord à l’abandon des poursuites judiciaires de Backes contre Cedel.

En fait, la nouvelle structure sert à l’agent de change à défiscaliser via le Luxembourg ses bénéfices français. Backs sera licencié avant le naufrage de la charge de ce raider suite au lourd échec de la prise de contrôle de Paribas.

Désormais, plus aucun établissement financier ne souhaite s’encombrer d’un personnage si informé et incorruptible. Il a présenté à Jacques Santer, Premier Ministre, son projet de création d’une banque de données en matière de recherche financière internationale. Truffé d`exemples, son argumentaire vise à épargner au Luxembourg d’être éclaboussé par des scandales de blanchiment. Son interlocuteur lui oppose le fait que les banques mises en causes font vivre le pays ! Il avouera ultérieurement être au courant des illégalités sans avoir conscience de leur envergure mais estimera ne pouvoir le reconnaître publiquement sous peine d’être contraint d’agir.

Deux ans après, c’est au tour du Premier Ministre, de solliciter un entretien avec Backes quelques jours après la mise sous séquestre de la Bank of Credit and Commerce International (B.C.C.I) dont le holding de tête est installé à Luxembourg avec des personnalités du Grand-Duché dans divers Conseils d’Administration de son organigramme. La clientèle recelait un somptueux panel de dictateurs et narco--trafiquants.

Le futur Président de la Commission Européenne commence par proposer des sites pour installer la base de données financières mais ses choix laissent notre homme dubitatif ; la transparence financière a peu d’adeptes en ces lieux et le projet ne se concrétisera d’ailleurs jamais. Puis la faillite judiciaire de la B.C.C.I. est abordée et Backes s’aperçoit que le n°1 du pays est parfaitement informé de la poursuite illégale de ses activités. Devant les faibles résultats des commissions rogatoires expédiées par les Etats-Unis, le F.B.I contacte Backes qui lui remet un rapport de 250 pages sur ladite B.C.C.I. que Cedel a autorisé, plus d’un mois après sa mise sous séquestre, à payer 15 millions d’euros à un de ses créanciers alors que des dizaines de milliers d’autres étaient floués.

Ce créancier inconnu, suffisamment influent pour garantir l’impunité des dirigeants de Cedel était client de la Banque Générale du Luxembourg (aujourd’hui filiale de Fortis) dont le Président, Marco Mart, gérant de la fortune de la famille Grand-Ducale a refusé de répondre à ce sujet.Au sujet de la fortune des monarques européens, on est en droit de s’étonner de celle amassée par le Grand-Duc alors qu’en 1945, sa famille était totalement ruinée par son long exil américain. Comment peut-on constituer un trésor de 4,6 milliards d’euros (2^ème derrière le Liechtenstein mais devant la couronne britannique) sans activité industrie ou commerciale ?

A cette époque, Ernest Backes devient gérant de la coopérative bouchère de Luxembourg dont le patron lui laisse poursuivre ses investigations dans le « Village Global ». Il sécurisera ainsi son avenir financier jusqu’à sa retraite anticipée pour raisons de santé (1998).

En 1991 aussi, André Lussi est nommé à la tête de Cedel qu’il dirige encore aujourd’hui. Sa réputation est entachée par son passé de cadre dans la filiale anglaise de l’Union des Banques Suisses, mise en cause dans une affaire de financement de livraison d’armes à des pays du Moyen-Orient sous embargo. Tous les policiers en charge de l’enquête furent mutés sur interventions politiques avant de pouvoir la mener à bien mais un dirigeant dût démissionner.

Lussi accentue les particularismes de Cedel : rotation ultra-rapide de l’encadrement, stages de management dirigés par des scientologues, cloisonnement des activités, sécurité renforcée. Le sens des décisions échappe à la rigueur de l’analyse objective et il paraît évident qu’on applique une stratégie imaginée par ceux qui ont mis Lussi en place : un conseil d’administration dont la composition, elle, évolue peu.

Ce sont désormais les anciens collègues de Backes qui s’adressent à lui pour se plaindre de ces évolutions accroissant le stress y compris un faux-journaliste recueillant les critiques à l’égard de la gestion, non pas pour en faire un article dans la presse spécialisée mais pour communiquer les bandes à la Direction qui s’en servira au moment de renouveler les équipes.

La gestion du personnel nous interpelle : pour un travail équivalent à celui demandé chez Euroclear, un débutant est payé 30 % de plus et cet écart s’accroît avec le niveau hiérarchique au point que le rapport serait de 1 à 5, voire plus au niveau des dirigeants. Or, les mêmes banques détiennent le pouvoir dans les deux entités ; comment se justifie une telle différence ?

Grâce à leurs confidences, aux documents qu’ils lui présentent, Backes détecte la dérive du système qu’il avait contribué à mettre en place : un circuit parallèle vit dans l’ombre de l’officiel notamment pour couvrir les opérations liant Cedel aux clients habituels des banques, désormais court-circuitées, qui l’avaient crée. Les protestations ont été étouffées par la Direction sous prétexte que les dérogations viennent du plus haut niveau de l’Etat. Le Ministère Luxembourgeois du Trésor a lui-même un compte pour lequel les courriers et messages transitent par porteur à interlocuteurexclusifjustification des comptes non publiés par un souci de simplification pour les maisons-mères ne tient pas davantage pour la Banque d’Angleterre, par nature dépourvue de toute filiale et néanmoins forte consommatrice de comptes absents des listes officielles...

D’après Lussi, de nombreuses demandes d’ouverture de compte auraient été refusées sans qu’il cite d’exemples « par souci de confidentialité ». Les employés de Cedel démentent, affirmant qu’on n’a jamais laissé un client potentiel, si peu honorable soit-il, partir chez Euroclear. En revanche, le patron reconnaît fièrement que toutes les transactions liquidées par Cedel sont retraçables à condition de se donner les moyens de parcourir les microfiches sur lesquelles sont inscrites environ 100 millions d’opérations par an (pour l’année 1991). Euroclear et Swift procèdent à un archivage similaire à la différence près que le second ne détient pas les clés de décryptage des messages qu’il transmet d’une banque à l’autre.

L’essor des comptes non publiés par Cedel est tel qu’ils sont aussi nombreux que les officiels : presque 2000 en 1995, plus de 7000 en 2000, années pour lesquelles nos enquêteurs se sont procurées les microfiches d’archivage. La proportion est presque aussi importante chez Euroclear dont le P-D G avoue que leur intérêt réside dans la complication du suivi de transactions que l’on souhaite cacher. Le fort accroissement en nombre de clients (2500 provenant de plus de 100 pays en 2000) de Cedel résulte de l’irruption massive des pays de l’Est et de filiales de banques européennes ou étasuniennes installées dans les paradis fiscaux, ces dernières comptant en moyenne 5 non publiés pour 1 officiel.

Ayant participé à la mise en place du système ainsi dévoyé, Ernest Backes a pu faire éditer la liste des comptes non publiés, procédure que seul le directeur général est habilité à requérir. Il en ressort que beaucoup appartiennent à des entités ne figurant pas parmi les clients officiels de Cedel comme la Banque Menatep, impliquée dans le « Kremlingate », (détournement vers les paradis fiscaux de 10 milliards de $ prêtés par le F.M.I à la Russie) et l’« Angolagate », affaire de vente illicite d’armes à ce pays. Imaginez un notaire multipliant des transactions entre parties anonymes ! Au cas où surviendrait un contrôle extérieur, la consigne est : « Montre leur la forêt, jamais l’arbre ». Qu’est devenue la neutralité qui incombe à notre passive infrastructure de transit ?

Leur non-publication permet d’utiliser certains de ces comptes comme refuge à des sommes faramineuses qui disparaissent des comptabilités puis réapparaîtront aux moments opportuns(lissage à visée fiscale ou anticoncurrentielle des résultats de différentes filiales ou d’exercices inégaux, corruption, rémunérations occultes...). Lors d’une intervention, des informaticiens de Cedel découvrirent que ces comptes disposaient d’un codage spécifique dispensant les bénéfices qu’ils généraient d’affecter la comptabilité officielle de la chambre de compensation. Leur réintégration aurait été réalisée les années où le résultat net était insuffisant. Un ancien directeur général confie que, malgré son statut, il n’avait ni accès aux comptes de la chambre de compensation ni contact avec les administrateurs, les deux étant le domaine réservé d’André Lussi.

En 1995, les fantastiques opportunités que pouvait leur procurer une chambre de compensation aussi laxiste ont conduit les industriels court-circuitant leur intermédiaire financier habituel à faire éclater Cedel en 3 entités dont une dédiée au métier de banquier de multinationales. Autre avantagede la scission : le maintien des effectifs de chacune de ces structures reste inférieur à 600, seuil au-delà duquel les salariés doivent être représentés au Conseil d’Administration. L’admission en son sein s’effectue par cooptation avec un roulement permettant à un cercle restreint de conserver le pouvoir à l’abri des curiosités.

Trop peu médiatisé car n’épargnant pas la France, un rapport commandé par Jean-Pierre Chevènement, Ministre de l’Intérieur, indique en 2000 que notre beau pays est apprécié par les « blanchisseurs » en raison de la solidité de son système financier et de la force de sa monnaie. Ce seraient au moins 6 milliards d’euros qui y seraient investis chaque année, autant qu’en Suisse : BTP, Immobilier et industrie du tourisme auraient les préférences d’ intervenants n’hésitant pas à acheter les élus locaux pour obtenir des marchés publics. Cet argent mal gagné déstabilise la démocratie en faussant les décisions.

La situation italienne est pire : on estime à 15 % du P.I.B. le volume d’affaires des mafias. Etant donné la masse de billets que cela représente, ce sont des camions qui transportent de nuit l’argent d’Italie au ...Luxembourg où ils peuvent être investis à l’abri de questions déplacées. Un ambassadeur belge en poste au Grand-Duché avait adressé à son Ministre de tutelle un rapport décrivant les circuits de blanchiment de l’argent criminel, mettant en cause la Banque continentale de Luxembourg dont Alfred Sirven a longtemps détenu 15 % des actions et Paribas une bonne partie des autres...

Depuis 1975, la part des flux financiers transitant par les paradis fiscaux est passée de 5 à 50 %, essor phénoménal coïncidant avec le développement des sociétés de clearing ; troublant si l’on se rappelle que 20 des 26 territoires mis à l’index sont clients de Cedel, Malgré tout, s’il est reproché à Swift d’exécuter des virements sans se soucier de l’identité du donneur d’ordre, les chambres de compensation, elles, ne sont même pas évoquées dans ces différents rapports. Le F.M.I évalue à 1200 Milliard d’euros les sommes provenant d’activités criminelles investies annuellement dans l’économie officielle.

Pourtant, le meilleur (le seul ?) moyen pour un enquêteur de retrouver la trace d’un investissement douteux est d’utiliser sa connaissance des codes utilisés par les chambres de compensation et de l’existence de comptes non publiés. Si Euroclear est contrôlée par les Banques centrales étasunienne, anglaise et européenne ainsi que par l’équivalent belge de la Commission des opérations de bourse, Cedel n’a jamais fait l’objet d’aucun autre contrôle public que l’envoi de questionnaires par des fonctionnaires luxembourgeois trop polis pour venir chercher sur place ce qu’ils ne pourraient de toute manière certainement pas trouver du fait de leur manque d’effectif et de qualification dans un domaine volontairement complexifié.

En janvier 2000, Cedel fusionne sa filiale de clearing avec celle de la Bourse allemande afin de créer Clearstream (en français, « le fleuve qui nettoie » !) dont elle détient 50 %. Euroclear a fait de même avec Sicovam, la chambre de compensation française. Selon les chiffres communiqués, elle liquide beaucoup plus d’opérations que sa rivale luxembourgeoise mais celle-ci la devancerait en ce qui concerne les avoirs gérés (9000 milliards d’euros). Une petite dizaine de mastodontes de la finance mondiale sont représentés aux conseils d’administration des deux structures (ainsi qu’à celui de SWIFT). Il apparaît que, en dépit de prédictions contraires, la persistance de l’existence des deux concurrentes arrange tout ce petit monde aux pouvoirs exorbitants, les économies résultant d’une fusion étant censés profiter aux clients et non aux actionnaires. Même si les chambres de compensation étasuniennes traitent des volumes plusieurs dizaines de fois supérieurs, Clearstream voit transiter sur ses comptes 47 fois le budget français et, à long terme, très rares sont ceux qui ont intérêt à ce que perdure un système évoluant de plus en plus vers la confiscation au profit d’un infime minorité.

Depuis sa prise de pouvoir, André Lussi a multiplié par 10 le nombre de cadres ; les licenciements ou départs « volontaires » sont fréquents, en moyenne 3 ans après l’arrivée. Selon les conseils de la Commission de Surveillance du Secteur Financier, Lussi aurait dû mettre en application le principe de gestion conjointe- selon lequel deux personnes hiérarchiquement égales se contrôlent mutuellement- mais il s’y est toujours refusé.

La seconde partie de « REVELATION$ » est constituée de présentations détaillées de certains protagonistes de gigantesques scandales financiers : des « affaires », leurs hommes, leurs établissements financiers. La troisième reproduit des documents évoqués : articles de presse, microfiches, listings, notes internes ou prospects...

Vous êtes cordialement invités à vous y reporter ainsi qu’aux ouvrages recensés par la bibliographie pléthorique placée à la fin de « REVELATION$ » qui n’est pas un livre sur une affaire de plus mais une mise en cause radicale d’un des principaux noeuds de la dérive du capitalisme, une zone de non-droit où la puissance publique évite d’aller car elle a depuis longtemps été majoritairement achetée par ses habitants qui désirent préserver leur tranquillité. Utilisateurs, gestionnaires et administrateurs d’un système désormais vicié ne craignent plus des dirigeants politiques devenus complices.

Depuis la parution de « REVELATION$ », voici les principales informations sur le sujet :

Les 97 banques détenant 50 % de Clearstream doivent les vendre à la Bourse de Francfort, détentrice de l’autre moitié. Cela signifie t’il un changement d’attitude du prochain C.A ?

Les autorités luxembourgeoises ont refusé un audit public pour Clearstream qui se retranche derrière les 12 millions d’euros dépensés en audit interne cette année. Il est stupéfiant de constater que malgré les lourdes charges pesant sur cette société, la Commission de Surveillance du Secteur Financier ait dû se prononcer très vite et sans disposer des moyens nécessaires sur la qualité d’un audit mené une fois de plus par KPMG que Clearstream emploie depuis longtemps. Quelle indépendance ? Par contre, une action en justice menace les auteurs, l’éditeur ainsi que le « Figaro » qui s’était fait l’écho de leur publication en qualifiant Clearstream de « plus grande lessiveuse d’argent sale au monde ».

Le Parquet de Luxembourg a refermé quelques semaines après l’avoir ouverte une enquête concernant les dirigeants de Clearstream pour blanchiment systématique et infraction à la loi bancaire. Selon le substitut du procureur au tribunal de l’arrondissement de Luxembourg, il s’agissait de vérifier que tous les comptes gérés sont bien intégrés dans la comptabilité afin de déceler la possible existence d’une caisse noire. En 2000, 158 déclarations de soupçons de blanchiment sont parvenus à ce tribunal. Les avoirs gelés à l’initiative du Parquet n’atteignent pas 25 millions d’euros, ceux saisis en vertu d’une commission rogatoire internationale se montent à 914 millions d’euros à comparer aux 672 milliards de total d bilans des 197 banques établies au Luxembourg...

Les perquisitions menées au siège de la société ont permis de mettre la main sur la trace de plusieurs transactions secrètes non connues de la comptabilité, opérées pour le compte de plusieurs établissements clients de Clearstream. Le volume d’affaires des comptes non intégrés comptablement est évalué à 15 % du total traité (30000 milliards d’euros de transferts d’actifs).

Le règlement indique que tout libellé de compte secondaire doit commencer par les premières lettres de l’établissement teneur de compte principal. Cela n’est pas toujours le cas et, de plus, certains de ces comptes restent ouverts des années après la cessation d’activité du teneur de compte principal. Clearstream ne donne pas d’explications...

Partiellement blanchis, André Lussi et les 7 autres principaux dirigeants ont néanmoins été licenciés sans qu’une raison claire soit invoquée par le Conseil d’Administration. Vous avez dit « fusibles » ? Le P- D G explique la non-publication de certains comptes (plus de 200 pour une seule banque, selon ses dires) par le désir d’éviter que l’autre partie se trompe de compte ! Il exige désormais que l’ouverture d’un premier compte soit subordonné à l’obtention de références de la part d’au moins 2 grandsEtablissements financiers internationaux.

Beaucoup de pressions (jusqu’à des commissions rogatoires internationales) s’exercent sur les (ex) employés qui avaient promis de témoigner en faveur de la thèse d’Ernest Backes qui a fait, lui, l’objet de perquisitions pour vol et recel de documents relevant du secret bancaire suite à une plaine de Clearstream auprès des autorités judiciaires luxembourgeoises auxquelles Denis Robert avait pourtant remis une partie des documents accablants.

Sous l’influence des lobbies, moins d’un tiers des députés européens a voté pour la création d’une commission d’enquête qui ne verra donc pas le jour. Attac Belgique a lancé une pétition demandant le placement de Swift, Euroclear et Clearstream sous une organisation de tutelle.

Les auteurs ont rencontré les membres de la mission parlementaire sur le blanchiment crée fin 1999, présidée par Vincent Peillon avec Arnaud Montebourg comme rapporteur. Elle publie un rapports concernant un à un les pays européens dignes de curiosité (le Luxembourg est pour bientôt et la France ne sera pas oubliée). La mission a convoqué certains banquiers qui ont joué les étonnés devant l’ampleur du phénomène mais les têtes pensantes de Clearstream ont finalement refusé de se déplacer....

Le financement du terrorisme étant un sujet à la mode depuis le 11 septembre, on peut espérer qu’une volonté politique s’affirme au-delà des déclarations de bonnes intentions pour examiner les « boîtes noires » de la mondialisation, voies discrètes pour milliards en route vers les paradis fiscaux et porte blindée pour les curieux qui voudraient en suivre les traces. Les ventes de "Révélation$ » ont sensiblement augmentés depuis cette date, atteignant les 30000 exemplaires.

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